Gigondas - Julien Bréchet
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Le domaine en quelques mots
Au cœur de Gigondas, le Domaine des Bosquets s’appuie sur plusieurs siècles d’histoire et un remarquable patrimoine de vieilles vignes. Aujourd’hui porté par Julien Bréchet, le domaine explore avec précision une mosaïque de terroirs, des sables du Lieu-Dit aux marnes calcaires de La Colline, avec une ambition : révéler l’identité propre de chaque lieu.
Le Grenache constitue la colonne vertébrale du domaine, accompagné notamment de Syrah et de Mourvèdre. À travers une viticulture biologique, un travail parcellaire poussé et des vinifications privilégiant désormais l’infusion et les élevages discrets, Julien façonne des Gigondas où fraîcheur, finesse et expression du terroir dessinent la signature des Bosquets.
Tout commence par une histoire
L’histoire du Domaine des Bosquets plonge profondément dans celle de Gigondas. Des archives mentionnent déjà la présence de vignes au lieu-dit Les Bosquets en 1376. Le domaine entre ensuite dans la famille Chauvet, ancêtres de Julien Bréchet, au XVIIe siècle. En 1644, une tour de guet est érigée au-dessus de la vallée ; elle domine encore aujourd’hui le domaine et constitue l’un de ses marqueurs historiques.
La propriété quitte pourtant la famille en 1861, lorsqu’elle est vendue à Eugène Raspail, personnage important de l’histoire viticole de Gigondas. Géologue, archéologue et vigneron, il comprend très tôt l’intérêt des terroirs d’altitude de l’appellation.
L’histoire familiale reprend exactement un siècle plus tard. En 1961, Gabriel Meffre rachète la propriété pour son épouse Juliette, petite-fille de la famille qui l’avait vendue cent ans auparavant. Il entreprend alors d’importants travaux sur les coteaux calcaires et façonne notamment deux terrasses qui deviendront essentielles dans l’identité du domaine : La Colline et Le Plateau. Une grande partie du patrimoine de vieilles vignes actuel trouve son origine dans cette période.
Le chai arrive plus tard. En 1995, leur fille fait construire une cuverie circulaire et gravitaire permettant enfin au Domaine des Bosquets de vinifier et mettre en bouteille ses propres Gigondas.
Mais la véritable révolution contemporaine intervient en 2009, avec l'arrivée de Julien Bréchet. Petit-fils de Gabriel Meffre, Julien n'a pourtant rien du vigneron destiné depuis toujours à reprendre la propriété. Ancien pilote de rallye, il devient à 18 ans le plus jeune pilote du championnat de France, il arrive aux Bosquets après avoir travaillé deux millésimes au Château de Vaudieu avec son frère Laurent. Il se décrit alors lui-même comme largement autodidacte.
Cette inexpérience lui donne paradoxalement une grande liberté.
Il commence immédiatement à isoler les différentes parcelles du domaine pour comprendre ce qu'elles peuvent exprimer individuellement. Dès son premier millésime, il sépare les vieux Grenaches plantés sur les sables du Lieu-Dit.
La démarche est presque iconoclaste dans une appellation historiquement construite autour de l'assemblage.
Le résultat devient en 2009 Le Lieu-Dit, présenté par le magazine Vigneron comme le premier Gigondas parcellaire. Puis viennent La Colline en 2013, Les Routes et Le Plateau, et plus tard Les Roches.
Julien résume avec humour cette période de découverte :
« J’avais mis le doigt dans la confiture et j’ai mangé tout le pot ! »
Pendant plus d'une décennie, il démonte ainsi presque pièce par pièce le vignoble familial pour comprendre la personnalité de chaque lieu.
Au coeur des vignes
C'est probablement dans les vignes que le Domaine des Bosquets devient réellement passionnant.
Le cœur historique représente environ 26 hectares en AOC Gigondas, organisés presque circulairement autour du domaine et répartis entre différents lieux-dits : La Colline, Le Plateau, Les Bosquets, Les Roches ou encore Les Routes. Le domaine possède également aujourd'hui des extensions notamment vers Séguret et Sablet.
Mais la véritable richesse des Bosquets vient moins de cette unité géographique que de son extraordinaire diversité géologique et microclimatique.
Sables fins, marnes calcaires, marnes bleues, argiles, cailloutis et différentes expositions permettent à Julien de disposer de terroirs extrêmement différents sur une surface relativement concentrée.
Le Grenache domine largement le vignoble de Gigondas, autour de 70 %, accompagné principalement de Syrah, Mourvèdre et Cinsault. L'âge moyen des vignes dépasse 50 ans et le patrimoine végétal est particulièrement remarquable : selon Vigneron, environ 80 % des vignes sont anciennes, avec deux grandes périodes de plantation dans les années 1920 et 1960, avant la généralisation des clones.
À cette diversité des sols s'ajoute un élément essentiel : la fraîcheur. Une partie importante du vignoble est située en altitude, au contact de la forêt et sous l'influence des Dentelles de Montmirail. Certaines parcelles restent longtemps à l'ombre le matin. Les maturités y sont donc lentes : le document évoque jusqu'à 120 à 130 jours entre la floraison et les dernières vendanges, parfois réalisées fin octobre.
Julien l'explique très bien : les raisins mûrissent progressivement plutôt que de subir une chaleur permanente, ce qui permet de préserver l'acidité tout en limitant les pics de sucre.
C'est cette combinaison entre géologie, altitude et exposition qui explique la personnalité extrêmement différente des parcellaires.
Le Lieu-Dit repose sur des sables fins et une exposition nord-ouest. De très vieux Grenaches y donnent une expression particulièrement délicate, fraîche et fluide.
La Colline, perchée jusqu'à environ 350 mètres, change complètement de registre. Ici, le Grenache pousse sur des marnes calcaires d'altitude, donnant davantage d'intensité et de profondeur, mais avec une trame saline qui conserve de la tension.
Le Plateau met en avant de très vieux Mourvèdres, accompagnés de quelques complants de Grenache, Syrah, Cinsault, Counoise ou Clairette. Exposé au nord sur des marnes bleues, il produit l'une des expressions les plus verticales et taillées pour la garde du domaine.
Les Roches explore quant à lui la Syrah sur des marnes calcaires orientées au nord, tandis que Les Routes possède une histoire végétale exceptionnelle : ses Sérines proviennent d'une sélection massale de Jean-Louis Chave, passée par Jacques Reynaud à Fonsalette avant d'arriver aux Bosquets.
Cette lecture parcellaire s'accompagne d'une évolution profonde de la viticulture.
Le domaine est certifié en agriculture biologique depuis 2021 et travaille désormais selon les principes de la biodynamie. Enherbement, engrais verts et travail sous le rang cherchent à redonner de la vie aux sols et à favoriser un enracinement profond.
Depuis 2019, Julien pousse encore plus loin cette réflexion avec la biodynamie et poursuit parallèlement un important travail de sélection massale pour renouveler progressivement son patrimoine de vieilles vignes sans perdre leur diversité génétique.
Au Domaine des Bosquets, le parcellaire n'est donc pas simplement une manière de multiplier les cuvées. C'est avant tout un outil de compréhension du vignoble.
Les secrets des chais
Cette volonté de comprendre chaque terroir se poursuit naturellement au chai.
Depuis 1995, le domaine dispose d'une cuverie circulaire et gravitaire, conçue pour préserver au maximum l'intégrité des raisins. En 2016, un atelier spécifiquement consacré aux micro-vinifications parcellaires vient compléter l'ensemble. Chaque parcelle de Gigondas est vinifiée séparément.
Le domaine parle ainsi de 14 identités de terroirs, 14 cuves, 14 vinifications et 14 élevages. Les fermentations sont réalisées avec les levures indigènes et les cuvaisons sont relativement longues, autour d'une trentaine de jours.
Mais la manière de vinifier de Julien a profondément changé depuis 2009. Ses premiers vins étaient davantage marqués par la maturité, l'extraction et le bois neuf. Le premier Lieu-Dit lui-même n'échappe pas à cette époque : Julien reconnaît aujourd'hui un raisin trop mûr, une extraction excessive et un élevage trop marqué.
Au fil des millésimes, il fait progressivement le chemin inverse. L'extraction devient beaucoup plus courte en début de fermentation, avant de laisser place à une infusion longue et douce. La vendange entière prend également davantage de place, notamment sur Grenache et Mourvèdre, tandis que les Syrahs restent égrappées.
Le bois neuf est progressivement abandonné. Les Grenaches et Mourvèdres disposent désormais de davantage d'espace dans de grands contenants, demi-muids anciens et foudres, afin que l'élevage accompagne le vin plutôt que de signer son goût.
Le parcellaire n'a pourtant jamais conduit Julien à abandonner l'idée historique de l'assemblage.
Au contraire. Après avoir séparé les différents terroirs pour mieux les comprendre, il revient progressivement à l'assemblage avec une connaissance beaucoup plus précise de chacune de ses composantes.
La Réserve représente cette vision classique et plurielle de Gigondas : vieilles vignes de Grenache, Syrah, Mourvèdre et Cinsault provenant notamment de marnes calcaires, de sables et de cailloutis, avec un élevage associant fûts, foudres et béton.
Et cette réflexion trouve aujourd'hui son aboutissement avec Le Regard Loin. Cette tête de cuvée réunit une sélection des meilleurs éléments issus des grands parcellaires. Le millésime 2023 cherche ainsi à réunir la finesse du Lieu-Dit, l'intensité de La Colline, la texture des Routes, la tension des Roches et la verticalité du Plateau. Le domaine indique un élevage de deux ans : une première année séparée en bois ancien, puis une seconde après assemblage dans le grès. La production est infime : pour le millésime présenté par le domaine, 927 bouteilles et 103 magnums.
C'est finalement un joli paradoxe : Julien Bréchet a commencé par déconstruire Gigondas en parcelles pour finir par mieux comprendre l'assemblage. Et c'est probablement là que se trouve aujourd'hui la véritable signature du Domaine des Bosquets.
Non pas dans la recherche de puissance que l'on peut parfois associer à Gigondas, mais dans la capacité à faire apparaître les différences entre les lieux : la finesse des sables, la salinité des calcaires, la fraîcheur de l'altitude, la verticalité du Mourvèdre ou encore l'expression plus septentrionale de certaines Syrahs.
Après quinze années de recherche, le domaine est ainsi passé d'une logique où le vin cherchait à impressionner à une philosophie beaucoup plus précise : laisser le lieu s'exprimer avec le moins d'interférences possible.
« Je veux que seul le raisin donne le goût au vin, et que rien ne le dévie de sa trajectoire… »